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 INTRIGUE ► dansons, dansons.

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L'Ancien
♆ never let me go.
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♆ race : La tienne ?
♆ âge : Plus vieux que toi...
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♆ never let me go.


MessageSujet: INTRIGUE ► dansons, dansons.   Jeu 18 Oct - 19:21



Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,
Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.
Ô charme d'un néant follement attifé.

Aucuns t'appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L'élégance sans nom de l'humaine armature.
Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher !

Viens-tu troubler, avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie ? ou quelque vieux désir,
Éperonnant encor ta vivante carcasse,
Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir ?*

* Danse macabre de Charles Baudelaire.


Les convenances acerbes.
Sous un visage de poupée plastique et des allures de faste faussement agencées au réel, il n’y avait rien qui comptait. Mascaras, mascarade. C’était une mise en scène. Une vulgaire idée de perfection dont tous s’émerveillaient pour s’être eux-mêmes pris dans leur propre rôle.
Mensonge. Tout était mensonge. Le décor, les gens, les masques. Ces masques. Leurs masques.
Tout lui sembla alors plus vrai. Il n’y avait qu’avec ces masques que le visage de l’homme prenait son sens. En balayant ses lèvres rouge du champagne qu’on lui avait servi pour des raisons esthétiquement nécessaires, elle se confina au silence devant le discours de Valadrian.
Sans les regarder, elle savait les personnages. Vêtus dans leurs plus beaux apparats, elle en connaissait les moindres détails. C’était une option d’habitude, habitude qui avait fini par l’écoeurer.
Ces dames découvraient leur chair pour séduire, ces messieurs les regardaient dans l’espoir de l’être. C’était futile. Dégoûtant. Sans intérêt. Elle hausa un sourcil sous son masque d’or lorsqu’on l’invita à descendre le grand escalier. Les yeux rivés sur elle, sur lui. Le Président et son bras droit.
Image publique gerbante dont en parlerait dans les journaux dès le lendemain matin. Elle entendait déjà les grands titres avec répulsion. Ses grands yeux figés dans un abrutissement volontaire, elle ne voulait soudainement plus rien voir ; obéir pour mieux oublier que l’on se vendait.

Jouer la comédie. C’était la seule règle.
La musique avait congestionné la pièce.
Messieurs, invitez vos dames à danser.
Mesdames, bouclez-la et faites comme si ça vous plaisait.
C’était ce qu’on appelait un mauvais jeu d’acteurs.

Tranquillement, une main à sa taille, elle avait laissé Valadrian ouvrir le bal dans une docilité qui ne lui était pas propre. Il savait qu’elle détestait s’offrir en spectacle.
Être un élément de décor n’avait rien de très flatteur, surtout lorsqu’on se devait d’être convenable.
Elle battait des cils, stupidement. C’était sa manière à elle de faire comprendre qu’elle n’en avait rien à faire d’être là. C’était un outrage à son rang. À leur rang!
Une main sur son épaule pour apaiser cette rage muette qui s’énervait au creux de son esprit tiqué à bloc.

En apparence, sereine. Belle. Douce. Merveilleuse. Enviable. Parfaite.

Satine commençait alors à regarder autour d’eux. C’était des visages qu’elle connaissait sans comprendre pourquoi. Des visages d’Arlequin. Des menteurs, des hypocrites, des hommes. Elle ne pouvait s’empêcher de les haïr dans toute l’innocence de son costume.
Hôtesse indigne.
Elle étira ses lèvres en un faux sourire dont nul ne put discerner l’ironie. Elle cherchait Lyokha. Elle avait besoin de le savoir de son avis. Le simple besoin de rencontrer une haine familière envers cette cérémonie brodée d’or. Ils jouaient les précieuses ridicules… Et l’illusion était parfaite.
Donnez-leur du pain et des jeux, c’était bien ça? Ils étaient servi sur des plateaux d’argent.
Elle valsait, tournait sans même s’en rendre compte tellement elle n’était plus possédée d’elle-même. En serrant un plus ses doigts autour de l’anatomie frigorifiée du Président. Elle le vit lui jeter un regard noir et elle comprit une chose : elle devait se calmer.
Sourire de porcelaine, corps de glace, tenue exquise : c’était un idéal morbide.

Les dernières notes signèrent sa libération conditionnelle. C’était une révérence chorégraphiée qui lui annonça qu’elle pouvait disposer… Malheureusement, les choses étant ce qu’elles sont, elle le sentit derrière elle… Lui. L’autre. L’homme.
Cette requête qu’il faisait au Président comme une insulte, elle ne réprima pas de le dévisager avec insistance. Elle le connaissait, elle en était certaine… Trop certaine… Plus que certaine.
Ce masque de satin qui déposait sur ses traits une allure un peu mon mensongère que le reste de ce vaste monde, elle eut un léger sourire en coin.
Edwood Sullyvan Aleister.
Cette carrure, ses épaules, ce cou… Ce cou. Ce sang qui battait, cette jugulaire… Cette chair.
Elle revint parmi les vivants, acquiesçant simplement d’un léger signe de tête. Approbation qui l’amusait en soi.
Si ce n’avait pas été lui, qui d’autre aurait eu la prétention d’interrompre le Président?

Elle voulut retirer sa main à son baisemain, mais comprenant qu’il était en position de force, sur ce terrain, il valait mieux qu’elle emploie la docilité. Celle des bonnes filles, celle qui les rend un peu idiote, par moment.
Sa main se déposant contre sa nuque, les doigts dépassant à la carotide pour noter son rythme cardiaque. À quoi jouait-il au juste?
Exaspérée, elle le laissa néanmoins disposer d’elle comme bon lui semblait, sachant que le regard de Cocciante pourrait rapidement devenir réprobateur si elle se devait noircir l’humeur de sa si précieuse réception.
Elle ne l’avait pas senti s’approcher. Ses lèvres près de son oreille pendant que leurs pas se mêlaient les uns aux autres, elle le suivant comme toute charmante cavalière l’aurait fait, un sourire acerbe dissimulé sous son air un peu nunuche… Air qui se métamorphosa sitôt eut-il ouvert la bouche.
Se fut instantané : elle sentit tout son corps devenir réfractaire. Par pur plaisir, elle enfonça un peu ses ongles dans la seule chair de ce cou qu’elle pouvait discerner, la grattant jusqu’à laisser un long sillage rougeoyant invisible sous les grands chandeliers mais sans doute perceptible à la lumière du jour.
Son sourire se fût alors plus sincère, plus dévoué :

« Peut-être était-ce parce que je n’avais guère secret à vous partager, monseigneur. »

Sa voix si douce ne pouvait rien laisser transparaître de l’aigreur de ses mots.
En collant un peu son corps contre le sien, elle desserra l’emprise qu’elle avait derrière sa tète pour jouer avec le bord du masque du corbeau.
Sa tête se pencha à gauche, puis, à droite, imitant une transe feinte avant d’exécuter exactement le même sort qu’il lui avait subir : elle vint à son oreille, ses lèvres caressant le bas du masque au passage avant d’y déposer un furtif et pourtant insistant baiser.
son souffle absent, elle ne pouvait que ressentir le sien sur sa peau dénudée de sang :

« De quel droit me délestez-vous de quiconque, Edwood?
Vous êtes un idiot…. Condescendant oui, mais surtout idiot. »


Et sous ses paroles, en toute douceur, elle força le jeune soldat masqué à la faire tourner sur elle-même afin de lui refaire face, sa main descendant le long de son veston pour venir simplement effleurer son ventre sous la chemise, discrètement.
Sentir un cœur qui battait, sentir la vie, sentir n’importe quoi.

« Vous êtes donc venu seul, ce soir? Étonnant. »

Ironie du sort. Elle se retint de justesse pour ne pas cracher un venin sur lui, l’air complètement désabusé. Elle aurait tellement apprécié pourvoir observer la future madame Aleister… se délecter de ses grands yeux de biches et de sa beauté exceptionnelle… Une candidate au goût d’Edwood, certes… Candidate qu’elle appréciait regarder avec complaisance.
à sa manière, il était vampire… Quoi de mieux que d’aspirer les moindres espoirs pour une simple nuit.




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